Je suis colérique.

2/09/2017


Entre nous, cet article est loin d'être facile à écrire, et encore moins à publier. Je ne pense pas avoir déjà été aussi honnête par ici, ou en public, de façon générale. Simplement, il est important pour moi, dans mon processus de guérison et de changement efficace et durable que j'admette publiquement mon problème, je crois. En tout cas, ça ne me fera pas de mal de coucher sur papier (virtuel) ces faits qui ont trop longtemps été tabou pour moi, que j'ai refusé de voir et d'admettre, bien que destructeurs. Je veux aussi avoir quelque chose à relire en cas de rechute, pour tenter de me recentrer sur mes progrès.

Je pense l'avoir toujours su, j'ai "un caractère bien trempé", et ce depuis relativement jeune. Je suis très calme, je prend sur moi, j'exprime plus ou moins mes frustrations de façon sûrement un peu trop douce, et d'un coup, sans crier gare, je hurle. Encore et toujours. J'essaye de prévenir la plupart des gens que je rencontre. Sauf qu'iels le prennent avec amusement, ne pensant pas que cette petite bichette souriante et rigolote puisse être une bombe à retardement qui explose tout sur son passage. Alors iels rient, jusqu'à en être témoins aussi, puis victimes. Et là, les rires se dissipent et laissent place à la terreur. Parce que non, quand je perd le contrôle, c'est clairement pas joli à voir. 
Je pense que ces personnes ne prennent pas mon annonce au sérieux parce que je ne le faisais pas non plus jusqu'ici. C'était un trait de ma personnalité, rien de bien méchant. Parfois je culpabilisai un peu, puis je me re persuadais que ma réaction était entièrement justifiée. Alors je persuadais mes proches, qui, en toute logique, me confortaient dans mon idée, vu qu'iels n'avaient que ma version des faits.
Heureusement, j'épargne mes vrai-e-s ami-e-s. C'est déjà ça. Je crois que ça arrive particulièrement avec les hommes, si je fais le compte. Et inévitablement avec mes compagnons lorsque je m'engage dans une relation sérieuse et intense. Je crois avoir une peur panique et déraisonné e de ne pas être assez aimée par eux et de les voir partir. Alors je sur interprète le moindre de leurs faits et gestes, et il m'apparaît comme une évidence que cet acte anodin est une preuve irréfutable que cette personne ne m'accorde pas assez d'attention et qu'il est prêt à partir, nous laisser, mon coeur chargé d'amour et moi. Alors je rejette avant d'être rejetée. Je teste les limites, je fais réagir, comme je peux, comme je sais faire. J'ai peur de l'indifférence des gens que j'aime. Ou alors peut être ai-je peur de l'indifférence tout court, peu importe d'où elle provienne.
Je gère très mal mes angoisses et mes terreurs. Et perdre les gens que j'aime, quoi que j'en dise, est de loin la plus effrayante.
J'ai tellement peur d'être abandonnée pour ce que je suis que j'envoie valser de façon extrêmement violente. Et je ne l'ai jamais vraiment vu jusqu'à maintenant, car mes comportements m'ont toujours semblé justifiés. 
J'ai toujours pensé que comme j'avais des attentions bienveillantes, j'étais quelqu'un de bienveillant qui ne faisait que réagir à des comportements anxiogènes. Alors que non. J'avais tout faux. C'est à 26ans que je réalise de façon extrêmement honteuse que je fais du mal aux gens que j'aime, par peur de ne pas être aimée en retour. Et ce comportement est tout sauf admissible, peu importe la situation globale.
Constater que je me suis menti à moi même pendant tout ce temps est effrayant, bouleversant, angoissant. Mais ce n'est rien comparé au fait d'enfin avoir conscience que j'ai fait du mal à ces hommes qui ne voulaient que m'aimer.
J'ai honte de chaque mot déplacé que j'ai dit, chaque scénario improbable que j'ai laissé mon esprit broder, chaque moment que j'ai gâché.
Je lutte pour la bienveillance tout en étant toxique avec ceux pour lesquels je donnerai tout.
J'ai gâché des relations prometteuses sans même réaliser que je leur donnai parfois des torts qui n'étaient pas les leur. J'ai même, parfois, trop souvent d'ailleurs, oublié les personnes merveilleuses qu'ils étaient et dont j'étais tombée amoureuse. J'ai oublié comme leur amour était précieux et comme ils essayaient de leur mieux. J'ai oublié la chance que j'avais d'avoir partagé un bout de leur vie. 
Cette cascade d'aveux n'excuse en rien non plus leur comportement et leurs erreurs, c'est évident.
L'autre jour, je regardais une vidéo de La Carologie où elle parlait des gens qui justifient leurs actions par "c'est de ta faute". Elle expliquait que non, notre réaction n'est pas de la faute de qui que ce soit, à part nous. Quelle que soit l'action et les circonstances. Et c'est vrai. Je suis l'unique responsable de mes colères. Et ils sont les uniques responsables de leurs actions et réactions, bonnes comme mauvaises.

J'ai toujours été persuadée que j'étais victime de mes émotions, qu'elles composaient entièrement la personne que j'étais, et qu'en les reniant, façonnant, je perdrai mon identité. Ce qui m'effrayait beaucoup. J'avais peur que ça me rende fausse, dans un sens. De n'être qu'une copie façonnée de moi même. Et surtout, je me sentais absolument incapable de les contrôler, ces sentiments si immenses. 
Et puis j'ai réalisé. J'ai réalisé que je pouvais conserver l'intensité de mes émotions positives, tout en minimisant mes émotions négatives, pour faire moins de mal autour de moi, ce qui est tout sauf une mauvaise chose. Et en me mentant à moi même sur la situation, je n'étais aussi qu'une pâle version de moi même de toute façon. Je ne peux en effet pas contrôler mes ressentis, mais je peux contrôler les pensées d'où ils proviennent. 
Alors, en larmes, j'ai posé des questions à Youtube, j'ai regardé des milliers de minutes de vidéos, et j'ai commencé à mettre des choses en place. Parce que c'est bien beau de me morfondre et de voir toutes mes erreurs défiler devant mes yeux, mais si je n'y change rien, ça n'a pas grand intérêt.


Alors j'ai commencé à tenir un Cahier de colères
et ça a été la meilleure idée que j'ai eu. Je prend des notes à chaque fois que je commence à ressentir de la colère, en décrivant le contexte, ce que ça réveille en moi, et ce que je peux faire pour y remédier.
exemple fictif: la personne devant moi à la caisse prend trop de temps et me fait perdre le mien par la même occasion. J'ai l'impression que cette personne n'a pas de considération pour moi et ça me met en colère. Mais je réalise que non, cette personne vit juste sa vie, à son rythme, qu'il n'y a rien de personnel, alors je me concentre sur ce que je m'apprête à acheter, j'écoute un morceau qui me plaît et je souris à l'agent-e de caisse.
Dans ce genre de situation, j'aurai été hors de moi pour 30 bonnes minutes. J'aurai lancé des regards noirs, et cherché la première occasion d'exploser. Puis je serai rentrée à la maison et aurai déversé ma rage sur mon compagnon. 
Je trie donc chacune de mes pensées, et vérifie à chaque fois si elles sont positives ou négatives.
Lorsque je pense à quelque chose de négatif, je me concentre donc sur quelque chose de positif, et tout va mieux.
Désormais, je prend moins d'1minute pour désamorcer mes colères montantes. Je n'ai plus envie de crier, je n'ai plus de rancoeurs inutiles, j'accepte la version de l'autre, j'accepte de ne pas en faire partie, et je choisi mes batailles, intérieures comme extérieures. Je ne me mets plus en colère pour les choses que je ne peux pas changer. 
Mon comportement et mon mécanisme de pensée ont considérablement changé en vraiment peu de temps, et je suis foutrement motivée à continuer sur cette lancée.
Je me sens plus saine, plus en accord avec moi même, et plus intelligente.

Pour récapituler mes astuces pour gérer les émotions négatives:
_ Remplacer les pensées négatives par des positives,
_ Respirer et se concentrer sur sa respiration,
_ Souriez (je sais pas pour vous, mais moi, sourire me donne de l'énergie et de la bonne humeur),
_ Analyser la situation globale : ce que ça réveille en nous, et en quoi notre réaction est démesurée.
_ Ecrire ces choses pour s'en souvenir plus tard,
_ Continuer l'exercice, à chaque fois. Ne pas laisser la négativité gagner, que ce soit pour les grosses ou les petites occasions,
_ Croire en vous même.

J'ai l'impression que j'ai enfin trouvé un remède au poison qui me rongeait depuis toujours, et ça me rend incroyablement fière de moi. Je suis prête à entamer cette nouvelle page de ma vie, pleine de jolies surprises.
Ca fait actuellement 7 jours que je contrôle mes émotions négatives de façon plutôt excellente. Je n'avais pas la moindre idée que j'en étais capable. Je suis si fière de moi. Vous n'avez pas idée à quel point!


Et vous, des problèmes de gestion de colère? Comment vous le vivez au quotidien? Des astuces à partager?


Entre deux articles, vous pouvez me retrouver



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6 commentaires

  1. Comme ton témoignage me parle.. pour ma part, la colère a tendance à se joindre aux crises d'angoisse, alors entre les cris, les larmes et la tétanie, les personnes confrontée à ce genre de réaction (les personnes les plus proches en général, pour ne rien épargner) se retrouvent bien embêtées.
    J'ai essayé le yoga, qui m'a aidé un temps mais ne me convient plus, j'ai pensé à la méditation, qui ne m'a jamais convaincue. Penser à des choses positives, ça ne marche pas toujours. Le cahier des colères, en revanche, me tente plutôt bien. J'essaierai ça prochainement, en espérant que ça m'aide à contrôler un peu ces émotions envahissantes !

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  2. Comme c'est une bonne idée de faire ça !

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  3. Merci pour ce témoignage ! Je me reconnais beaucoup dans ce que tu décris, et ce n'est vraiment pas facile à gérer... Je n'ai pas encore trouvé le "truc" pour éviter ça (j'ai souvent l'impression d'avoir un volcan en moi, prêt à entrer en éruption à tout moment et sans raison valable dès que la coupe est pleine), mais je pense que la meilleure des choses à faire c'est de relativiser sur la situation et de prendre un peu de recul. Au final on s'emporte souvent pour rien et après coup on se sent tellement bête d'avoir réagi de la sorte :)

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  4. Mon petit Flavie Chou <3 C'est déculpabilisant (un peu) de lire ça, de se sentir moins seule. Mes excès de colères, souvent en étant ivre, sont des tsunami d'émotions. Pas plus tard que la semaine dernière c'est arrivé une nouvelle fois, après plusieurs jours en crise d'angoisse assez violentes, tout est sorti d'un coup et pas de la meilleure des façon. Ces crises éloignent mon chéri, je paye ces excès pendant 1 semaine voir plus, je me sens rejetée, pas aimé = ce que je cherche à éviter à la base, ayant la grosse angoisse de l'abandon aussi.
    Bref, ça fait du bien de lire qu'on est pas seule dans cette situation, dans ce truc ingérable à premier abord, se dire qu'il y a quand même des solutions, mais que le premier pas, c'est d'accepter d'être comme ça. Et c'est encore récent pour moi.
    Je tente l'hypnose mercredi, je continue de voir ma psy, je fais le maximum pour ne pas perdre encore une fois tout ce que j'ai bâti et construit.
    Le cahier des colères c'est une bonne idée aussi, j'essaierais :)

    Bref, je t'aime fort et comme tu es <3

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  5. C'est un très bel article que tu as écrit et je pense qu'il va en décomplexer, beaucoup. Je te conseille aussi d'écrire chaque soir, les trois choses qui ont fait les petits bonheurs de ta journée, comme par exemple (le soleil, une balade, le chant des oiseaux...), ça permet là aussi de voir le positif à la place du négatif. En tout cas, le cahier des colères est une super idée.

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Merci pour ce petit mot !

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