Women's March - Austin, Texas

1/23/2017


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Comme toute personne ayant le privilège de pouvoir m'y rendre - et qui en a quelque chose à foutre - je me suis rendue à la Women's March de ma ville, pour manifester pour les droits des femmes, menacés par la toute nouvelle mais pas très fraîche présidence, j'ai nommé celui dont on aurait mieux fait de ne jamais prononcer le nom. Après de longues péripéties dont on se fiche parce que je ne suis clairement pas le sujet de cet article, je suis enfin arrivée au point de rendez vous. L'ambiance y était déterminée, intense et harmonieuse, au premier abord. Les gens brandissaient des pancartes en tous genres que j'ai été très curieuse de découvrir et déchiffrer (les jeux de mot en anglais ne sont pas encore mon fort, et certains étaient écrits à la va vite). J'étais seule, dans cette foule parfois hurlante parfois souriante, et je me délectais d'être entourée de personnes qui pensaient comme moi, me dis-je. Des gens qui se battaient pour les choses en lesquelles je crois. Et puis j'ai mieux regardé. Et j'ai vu quelques petites choses qui m'ont pas mal dérangé.


Les pancartes "je me bats pour eux/elles" avec que des photos de membres de leur famille. Tou-te-s blanc-he-s, évidemment.
Si je me bats, ce n'est pas par intérêt personnel, mais parce que je crois en la justice (pas celle qui nous sort à toutes les sauces dans des tribunaux intéressés et des commissariats de police oppressifs, hein. Je parle de la vraie justice, qu'on mérite tous) et que je souhaite que tout le monde, peu importe si je les connais ou non, les aime ou non, ait les mêmes droits. L'individualisme est dangereux, servir ses propres intérêts est nuisible. Beaucoup de Trump supporters l'ont soutenu parce qu'ils ont pensé que ça pourrait re donner un job à leur fils relou qui veut pas dégager de la maison, ou pour protéger leur fille des grands méchants immigrés, hein. Si on voit pas plus loin que le bout de son nez, on risque de foncer droit dans un mur. Et ça veut dire quoi ? ça veut dire si la justice est atteinte pour ces petits blancs privilégiés qui posent fièrement sur les photos, alors on arrête tout, on remballe les pancartes et on éteint les lumières ? Et on attend que ce soit les minorités qui nettoient après la fête, je suppose ? 
Alors des pancartes "je me bats pour eux", oui. Mais avec des photos de prisonnières, de femmes trans, de personnes racisées, de gens avec un handicap. 

La marche était de toute façon très blanche.
Alors oui, les blanc-he-s ont, en règle générale, plus de facilité à se libérer le samedi après midi, du à leurs multiples privilèges. Mais peut être aussi que le message était très axé blanc, hein. Rappelons nous que Hilary n'était ni la solution ni un modèle, et qu'elle n'était que le vomi qu'on acceptait de manger pour éviter de devoir engloutir Trump-la-chiasse. Alors militer comme Hilary, c'est non. On peut pas se battre pour abolir le patriarcat en étant bien confortable du haut de son trône de supremaciste blanc, hein. Je parle bien évidemment de mon ressenti, et juste de ce que j'ai vu. N'oublions pas qu'Austin, à l'image du Texas, est une ville très blanche de base.
Alors on questionne les personnes concernées (de façon polie et respectueuse, en gardant en tête qu'elles ne nous doivent rien, et que c'est bien au contraire nous qui leur en devons une, étant donné les oppressions qu'on leur fait subir tous les jours), on prend en compte leurs attentes et leurs besoins), et on leur laisse la parole et de la place. 

Les pancartes associant "woman" à vagin/utérus.
Alors moi je suis confuse, et je perds un peu le message. Est ce qu'on se bat pour les droits des femmes ou pour les droits des personnes à vulves? Parce qu'en 2017, on est censé connaître la différence, même au Texas. Alors oui, cette marche était en particulier pour les droits liés au planning familial, pour lequel beaucoup s'inquiètent. Mais ça n'enlève rien au fait que toutes les personnes dotées d'une vulve ne sont pas des femmes, et que toutes les femmes n'ont pas des vulves. Associer les deux, et surtout aussi souvent, est un comportement cis(genre) centré, et donc transphobe.
Faire des signes parlant d'utérus, oui. Du fait d'être une femme, oui. Mais lier les deux, c'est pas cool.


Ces problèmes n'ont -presque- rien enlevé au fait que je sois ravie, fière, émue, touchée qu'on ait été si nombreux-ses à marcher à travers le monde, pour une idéologie commune. C'était une superbe façon de passer un samedi après midi, et Netflix pouvait bien attendre quelques heures. La prochaine fois, j'aimerai juste que nous, privilégié-e-s, nous prenions en compte les minorités oppressées et qu'on leur montre enfin qu'elles sont importantes (sans se placer en white savior, tant qu'à faire).

















Entre deux articles, vous pouvez me retrouver



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1 commentaires

  1. Coucou,

    je te suis depuis un petit moment, mais je n'ai jamais pris le temps de te laisser un mot. Je le fais aujourd'hui pour te remercier, car de tout ce que j'ai vu ce week end sur les réseaux sociaux, tu es la seule qui montre du doigt les dérives qu'il y a à de telles marches. Je ne nie pas leur utilité, le fait qu'elles puissent être bénéfiques et nécessaires. Cependant, comme tu l'as parfaitement souligné, ce genre d'action est encore trop souvent menée par et pour l-des blanc-he-s. Et ne reflète pas complètement toutes les réalités socio-économiques. BREF, je ne crache en aucun cas sur ces actions, mais plutôt sur leur fond et leur impact qui reste encore trop "blancs" (j'aime décidément pas le dire comme ça, mais je trouve que tu l'as très bien exprimé dans ton article).

    Merci dans tous les cas de nous faire partager tes expériences avec autant de clairvoyance et de douceur (oui oui, de la douceur, parfaitement). C'est toujours un énorme plaisir de te lire.

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