Body Positive #2 - Guy

9/18/2016



Comme tu le sais déjà, j'ai décidé de mettre à l'honneur pleins de personnes inspirantes sur ce blog. Proposer des profils atypiques, intéressants, inspirants, dans lesquels nous pouvons nous reconnaître aisément. 
Être une personne qui ne correspond pas aux standards reste, dans la société actuelle, comme on le sait tous, une lutte au quotidien, malgré les quelques progrès qui ont pu être faits au cours de l'histoire, et ce quelle que soit la vie que l'on mène. Et comme si l'oppression constante que l'on subit n'était pas assez lourde à porter, on nous somme de nous taire, on nous infantilise, discrédite, ou pire : parle à notre place. 
Il est bien trop fréquent de voir un homme parler pour une femme, un-e valide parler pour un-e non valide, un-e blanc-he pour une personne racisée. C'est toxique, étouffant, et ça ne fait en aucun cas avancer le schmilblick, bien au contraire. Il est important de donner la parole aux concerné-e-s, relayer, écouter, et apprendre. 
C'est ce pourquoi j'ai lancé les interviews " BodyPositive '', en parallèle de "Brugmansia".
Cette rubrique nous permettra d'écouter des personnes qui nous font l'honneur de nous parler de leur corps, quel qu'il soit, sous la forme d'interviews.
On se retrouvera le 18 de chaque mois (le 1 étant tout fin, et le 8 tout rond, je me suis dit que c'était un joli clin d’œil à tous ces corps différents). Et comme cette rubrique me tient tout particulièrement à cœur, j'ai décidé d'agrémenter chacun des portraits d'un coloriage sur le thème du BodyPositive, que vous pourrez imprimer à votre guise, personnaliser et poster sur les réseaux en me taguant, parce que je veux découvrir vos chef d'oeuvre, comme vous avez pris plaisir à vous approprier ces corps loin de ceux qui envahissent nos médias. Rendons les beaux, ensemble, main dans la main.

Cette rubrique a avant tout été créée pour laisser la parole aux concerné-e-s, celles et ceux qui ont des choses à dire et à nous apprendre. Alors on se tait, et on écoute.

Aujourd'hui, c'est à Guy de nous parler de son rapport à son corps. 
Vous pouvez le retrouver sur Twitter ainsi que sur Instagram.

Ce premier coloriage est sur le thème du Poil, parce que le Poil est définitivement underrated, bien qu'il soit foutrement cool (et en plus, il tient chaud l'hiver), et j'ai rajouté un troisième téton à cette personne, parce qu'on ne parle pas assez de cette particularité, moins rare que l'on peut le penser, et parce que FREETHENIPPLE.

Comment décrirais tu ton corps ?
Je suis non binaire, et AFAB (assigned female at birth// assigné femme a la naissance)
Je suis en surpoids, mon IMC indique que je suis obèse (mais il faut savoir que l’IMC c’est…. de la merde. voila). J’ai une poitrine très développée, peu de hanches, des bras et des jambes musclés. Mon visage est rond avec des mâchoires plus ou moins carrées. j’ai des taches de rousseur et des yeux bleus, ainsi qu’un grand front.
Je suis petit, et je suis blanc (ce qui est un privilège vis a vis des oppressions systémiques, c’est important de le savoir).
J’ai de nombreuses cicatrices, sur les cuisses et les bras, plusieurs tatouages, et je laisse pousser mes poils (cela fait maintenant 1 an que j’ai définitivement arrêté de m’épiler ou de me raser).

Comment penses tu que la société décrirais ton corps ?
On me décrit souvent comme trop gros, ne prenant soi disant pas assez soin de moi. Sinon, de ce que je vois sur les réseaux sociaux, les avis sont assez partagés. Mais une chose est sûre : je sais qu’aux yeux de la société je ne rentre clairement pas dans les normes.

Penses tu que ta première réponse est directement liée à la deuxième ? En quoi ?
Dans ma première réponse, j’ai décrit mon corps de manière objective et plutôt “documentaire” si on puis dire. Concernant ma vision personnelle sur celui ci, plusieurs facteurs font que je ne l’aime pas : ma dysphorie de genre, ma dysmorphophobie et aussi évidemment, les clichés et normes sociales.
Oui la société change mon regard sur moi, même si je milite beaucoup en terme de bodypositivity, je suis encore très loin d’être complètement détaché du regard de la société. Bien que la société montre de plus en plus de modèles plus size, nous sommes encore très loin de la fin de la culpabilisation des corps autres que minces, valides, blancs et bien proportionnés.

Quelles démarches as tu entamé, ou voudrais tu entamer pour plus apprécier ton corps ?
Je suis beaucoup de pages de bodypositivity et je suis beaucoup de modèles diversifiés ( ce qui signifie pas uniquement des personnes blanches et valides ou des femmes cis)
Je milite moi même sur la page BodyMaudit, avec les autres admins de la page : nous partageons des modèles diversifié-e-s, nous écrivons des textes et faisons des posts sur le corps, l’acceptation, l’importance de l’inclusivité etc.
Je milite également au travers de mes dessins que je poste également sur Dessine Moi Une Guimauve (que tu peux suivre sur Facebook). L’acceptation du corps est un sujet récurrent dans mon art. Je propose même des “feel good quotes” qui sont des dessins avec des petites phrases qui font du bien.
A titre purement personnel, la photographie (autoportraits ou portraits par ma meilleure amie, photographe amateure) m’aide dans mon processus d’acceptation. Au début, cela me confrontait à mon image, ce qui m’était insupportable. Mais petit à petit je me suis mis à me sentir à l’aise. Il y a évidemment des jours sans, mais j’accepte de plus en plus mon corps.
J’ai également 5 tatouages, qui décorent mon corps et marquent certaines choses sur ma vie ou mes goûts. Je compte en rajouter, ainsi que modifier mon corps en terme de piercings et peut être de modifications lourdes.
Pour ce qui est de mon alimentation, mon métabolisme fait un peu yoyo. Je perds et prends du poids. Le fait que je sois boulimique et anorexique n’aide pas les choses.
Pour l’instant je ne fais aucune démarche pour perdre du poids.
L’an prochain, je souhaite me mettre à la musculation, non pas pour affiner mon corps ou quoique ce soit, simplement pour développer ma musculature. Juste comme ça. Parce que… je veux des gros muscles. voila. hahaha.

Quel impacte a ton corps sur ta vie sociale ? Pro ? sexuelle ?
C’est difficile à dire.
Cela a déjà impacté l’aspect médical de ma vie. (CN : angoisses, mention d’idées noires et suicidaires) A 16 ans, alors que je faisais de nombreuses crises d’angoisses, et que j’étais déjà suicidaire, j’étais allé voir un psy à ce propos. Psy qui s’est empressé de me dire que ma souffrance était uniquement due à mon adolescence, et aussi que pour aller mieux, je pourrais perdre du poids, et que ceci me ferait surement aller mieux psychologiquement. Heureusement que j’avais les épaules solides à l’époque, parce que ce sont des propos très toxiques et dangereux à dire à une personne neuroatypique/suicidaire, et tout particulièrement dans ce contexte d’intimité et de confiance. (fin du CN)
Il est très fréquent que lorsque les médecins constatent que j’ai pris du poids, iels semblent très étonnés et y vont de leur petit commentaire “15 kilos ah oui quand même c’est beaucoup”. Idem, lorsque je perds du poids - à cause de mes troubles alimentaires ou de ma dépression, les gens me félicitent, même si ce changement ne me convient pas. Ces réactions m’impactent particulièrement et il m’est douloureux de constater que l’on blame la prise de poids et congratule la perte de poids des personnes en surpoids.
Je ne suis pourtant que peu concerné par la grossophobie dans le milieu médical et social, car je suis en surpoids, et pas gros, donc plus privilégié.
Ma vie professionnelle n’est pas impactée à l’heure actuelle.
Au sujet de ma vie sexuelle, j’ai la chance de toujours avoir eu des partenaires qui traitaient mon corps avec respect et considération. (CN : viol) Un de ces partenaires n’a pas respecté mon non consentement, et il a été très dur par la suite de me sentir bien dans mon corps. Cela fait maintenant presque trois ans, j’ai encore du mal, mais plus par rapport à mon corps (fin du CN)

Quelles sortes d’oppressions discriminations vis tu/as tu vécu ?
L’oppression que je vis le plus fréquemment est très certainement la transphobie. Elle s’avère être particulièrement violente du côté des réseaux sociaux et plus intériorisée par mes proches. Refus de comprendre, refus d’utiliser le bon prénom (Guy), les bons pronoms (iel), blagues etc sont mon quotidien. Ces oppressions sont régulières, me pèsent, et ont une influence importante sur mon rapport avec mon corps, bien que j’essaie de rester fort et de l’aimer autant que possible, car c’est la seule chose qui restera avec moi du début à la fin de ma vie.

Au collège et au lycée je me prenais énormément de réflexions, on me disait régulièrement que j'étais trop gros pour trouver quelqu’un qui m’aime etc.
Arrivé dans le bain des études supérieures, j’ai pu constater que cette pression s’était évaporée.
J’essaie depuis quelques temps de renvoyer l’image la plus confiante possible, même si ce n’est en réalité pas toujours si simple. Je fais quand même en sorte de ne pas me restreindre quand au choix de mes vêtements, et du partage de photos de moi. Je ne me gêne pas pour envoyer chier les personnes à qui ça ne convient pas.
Sur les réseaux sociaux, la haine est souvent violente. J’ai d’ailleurs récemment vécu du cyber harcèlement. Ca a été une passe assez difficile, chargée de critiques, d’insultes et de menace de toutes parts, au sujet de ma tête, mon corps, ainsi que mon genre.
Ce qui me tue le plus c’est l’incompréhension qui est derrière cette haine.

Quelles avancées concrètes penses tu que la société devrait mettre en place pour mieux accepter la différence ?
  • Diversifier les modèles qui sont montrés dans l’espace public (rue, magazines, télé, internet etc.) Cela impose dès le plus jeune âge une norme, que les enfants assimilent, et qui crée un mal être pour celleux qui sortent de cette norme. On en a marre de voir des blanches minces valides cis sur toutes les affiches, jusqu’aux pubs de yaourts. On veut de la diversité, que chacun-e-s se reconnaisse, on veut de la visibilité.

  • Au niveau des lois, bien qu’il y ait un avancement, on est face à un véritable silence de la part de la justice sur la transphobie, le racisme, l’homophobie, le validisme, la grossophobie et toutes les autres oppressions systémiques. Il y a besoin d’une réelle déconstruction et d’une sincère prise au sérieux de la part du gouvernement, et des organismes de justice. Il faudrait plus de lois qui protègent de ces oppressions, et, je dis ça jdis rien, une loi qui accepte la non binairté de genre comme genre légalement et juridiquement officiel, ça ferait du bien aussi.

  • Au niveau de l’éducation, je pense qu’il est impératifs de prendre au sérieux les cours d'éducation sexuelle. J’ai eu, je crois, tout au long de mes études, approximativement 3 sessions d'éducation sexuelle pour tout et pour tout (ce qui est contraire à la loi Simone Veil qui impose d’avoir de plus nombreux cours). Il serait important de faire du consentement un sujet prioritaire lorsqu’il s’agit d’éducation sexuelle. Mettre l’accent sur le fait qu’il n’y a pas d’orientation sexuelle anormale, ainsi que sensibiliser à la question du genre me paraît primordial. Je pense qu’il y a un réel programme à écrire et à valider dans ce domaine.
  • De façon plus générale, il est important d’inculquer à chacun, et ce depuis le plus jeune âge, que la différence est ok, qu’il n’y a aucune honte à avoir, qu’il s’agisse de son corps, son état psychologique, son genre, sa couleur de peau, son orientation, sa religion, etc.

  • Les campagnes de sensibilisation se développent de plus en plus, mais malheureusement, les médias ne donnent pas assez de visibilité aux campagnes ainsi qu’aux personnes militantes et concernées. Petit à petit les choses bougent, et continueront à bouger. Nous sommes sur la bonne voie, il faut monter un peu le ton, et les médias rechigneront moins à donner de la visibilité. Qui dit visibilité dit débats chez les personnes qui voient les campagnes, qui dit débat ne dit pas forcément déconstruction, mais dit réflexion. Et ça, c’est un grand pas en avant.

  • Au niveau de la censure, je pense que l’on devrait vraiment requestionner ce principe. Quoi censurer ? Un téton AFAB mais pas de la violence physique ou psychologique ? Le corps et le sexe sont tabous sur la plupart des plateformes de communication. Mais à côté de ça, on nous balance du harcèlement, de la violence, sans la moindre censure. Pourtant il est évident que la violence et le harcèlement sont bien plus dangereux que la nudité…. Mais on revendique partout qu’on utilise la censure pour “protéger”.Il me paraît aussi important de ne plus censurer les propos des personnes concernées par les oppressions et de ne plus silencier leurs propos. Car oui, la mise sous silence et le refus de donner de la visibilité, ça revient à censurer.

Quel message/conseil voudrais tu adresser à ceux qui te lisent, là maintenant ?
Tout d’abord, j’aimerai dire aux oppresseurs de se taire, de laisser parler les personnes concernées, et d’arrêter de vouloir à tout prix de la visibilité, visibilité qu’iels ont déjà. Et aussi leur dire de sucer mes coudes.
Aux personnes concerné-e-s par les oppressions systémiques, j’envoie tout mon amour. On a l’impression d’être seul-e-s dans nos coins, mais on est nombreux-e-s, et ensemble, on fera bouger les choses.
Si vous n’avez pas envie de lutter, vous êtes tout autant légitime, et nous feront bouger les choses pour vous aussi, ainsi que pour les personnes qui naîtront plus tard.
Vous n’êtes pas obligé-e-s de vous aimer, vous n’êtes pas obligé-e-s de vous accepter, vous n’êtes pas obligé-e-s. Les injonctions à se détester sont aussi nombreuses que les injonctions à s’aimer. Et les injonctions à s’aimer font culpabiliser lorsque l’on y arrive pas.
“We’ll write the books
they will not read them,
but they children will
if they have children”  - Ernest Hemingway
(Nous écrirons les livres, iels ne les liront pas, mais leurs enfants peut être, s’iels ont des enfants). Nous sommes nombreux-e-s à être là, à vouloir changer ce monde, à vouloir nous battre, et nous n’arrêterons jamais. Personne n’aura notre silence.
Je vous aime, je vous envoie du courage, et je vous dis que peu importe qui vous êtes, vous avez le droit de vous aimer. Et le droit de ne pas vous aimer. Le droit de vous modifier, le droit de ne pas vous modifier. Le droit d’en parler, le droit de ne pas en parler ♥


Merci à Guy pour ces jolis mots, qui, je l'espère, aideront certain-e-s d'entre vous à s'aimer, et à aimer les autres.
J'espère que cette interview t'a au moins plu autant qu'à moi, et on se retrouve très vite autour d'un prochain article. 

En attendant, rejoignez moi sur



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