Voyage et langage.

2/19/2016


Aujourd'hui, j'ai décidé de te parler d'un soucis auquel tu risques d'être confronté lors de certains voyages, si tu ne parles pas la langue officielle du pays. 
En effet, j'ai constaté que cette crainte faisait partie du Top #3 des raisons qui freinaient les gens lorsqu'il s'agit de voyager, et je me suis dit que partager avec toi mon expérience à ce sujet pourrait peut être t'aider  à surmonter cette peur.


Je pense que c'est dans ce genre de situation que l'on réalise à quel point le langage est nécessaire, et comme il fait partie intégrante d'absolument tout.

Lorsque je suis arrivée à Los Angeles, il y a de cela 5mois maintenant (pfiou que le temps passe vite), je ne comprenais absolument rien à ce qui se passait. En effet, bien qu'ayant pris des cours d'Anglais tout au loin de ma scolarité, j'avais quasiment tout oublier, et n'étant absolument pas familiarisée à l'accent américain (j'avoue tout, je regarde la plupart de mes séries/films en VF), j'aurais très bien pu arriver en Russie et ne pas sentir la différence (à par la température, peut être).
Tout avait l'air tellement insurmontable... Je me souviens avoir débarqué à l'auberge de Jeunesse (dont je te parle ici), la gérante a tenté de me donner une information simple : Les identifiants Wifi. Je l'ai fait répéter de nombreuses fois, en vain. Elle a du prendre mon téléphone et les noter d'elle même pour que je comprenne de quoi elle parlait. Oui, c'en était là. 
Je pense que le plus horrible, c'était lorsque les gens qui m'entouraient avaient des discussions horriblement intéressantes dans lesquelles j'avais tellement de choses à dire, mais que je restais simplement muette. Parce qu'en plein débat, le débit est trop rapide, mes mots avaient un mal fou à se rassembler, que pris dans le feu de l'action, personne ne prêtait attention au fait que je demandais désespérément du temps de parole pour mes phrases interminables et hésitantes, et je finissais par me résigner, encore. Au final, je me sentais seule, terriblement seule.

Puis il y a aussi ces moments où je sentais que la personne en face de moi était absolument fabuleuse, que je rêvais d'apprendre à la connaitre en profondeur, mais qu'il y avait cette foutue barrière, contre laquelle je pouvais lutter parfois, mais pas toujours, malheureusement. Rencontrer mon copain dans ces circonstances a été périlleux, essayer d'échanger, de comprendre si cette attirance exceptionnelle n'est qu'un ressenti où a du sens, le voir s'épuiser face à la quantité hallucinante d'efforts à fournir, et n'être que l'ombre de moi.

Il y a eu cette horrible sensation d'être un boulet, de n'être que l'ombre de moi même, privée de la clé de ma personnalité, que je n'étais absolument plus la même sans mon langage.



Puis mon cerveau, en plein apprentissage, épuisé, ne savait plus vraiment dans quelle langue penser, du coup, parfois, il arrêtait tout simplement de fonctionner, devenait lent, ramait, et je me demandais dépitée où était passée mon intelligence. J'ai vraiment eu l'impression de l'avoir échangé contre mon Visa pendant une période. 






Il y aura toujours des gens plus patients que d'autres, pour parler avec toi, t'apprendre de nouveaux mots, changer de tournures de phrases pour que la compréhension te soit plus accessible, etc. Et ces personnes sont fabuleuses, et c'est beaucoup grâce à elles que tu pourras progresser. Mais surtout grâce à toi, ton apprentissage intensif, tes efforts permanents, tes révisions sans limite, tes notes à gauche à droite, ton étude de la langue etc. 




Du coup, si je peux te donner quelques conseils, je te dirais bien de parler avec ton corps, parce que le langage corporel est foutrement international, d'être indulgent avec toi même, d'être curieux, de prendre des notes lorsque c'est trop difficile pour toi et que ton cerveau ne veut pas l'imprimer, de prendre des pauses dans ta langue maternelle quand ça ne va pas (lecture, appels à des proches, écriture, musique), de répéter dans ta tête ce qui se dit autour de toi, et tout ira bien, et ce plus vite que tu ne le crois.




 Malgré le fait que je n'ai habituellement aucune mémoire, mes progrès se sont avérés fulgurants et j'en reste très fière. Après seulement 10jours, je remarquais déjà une nette différence quant à ma spontanéité, ma compréhension, mon indépendance, et mon assimilation. Et si j'en ai été capable, toi aussi
Alors sache que ce sera dur parfois mais que tout ira bien, que ça ne peut que s'améliorer et que tu fais ces efforts pour une très bonne raison. 



Après 5 mois, je peux dire que mon anglais, bien que toujours imparfait, est plus que suffisant pour m'être retrouvée entièrement. Je me joins de nouveau aux débats, je me laisse divertir par quelques brides de conversation attrapées au vol dans les rues, peux téléphoner, regarder des films sans me soucier des sous titres (même si j'ai gardé le réflexe de la VF) et parler de tout et de rien avec absolument tout le monde. 
Je continue d'apprendre de nouveaux mots, je n'utilise quasiment plus Google Traduction (qui s'est avéré être mon meilleur ami pendant quelques temps), j'écris comme une enfant de 10 ans, mais au moins, je ne peux que m'améliorer.
Je pense que cet horrible accent et moi sommes liés pour un bon moment, mais peu importe. J'ai maintenant la capacité de rembarrer ceux qui m'en parlent trop, et c'est amplement suffisant. 
Bon, ayant appris l'anglais dans une auberge de jeunesse (et étant de base une vraie charretière, on va pas se mentir), j'ai tendance à glisser des injures dans toutes mes phrases et elles ont du mal à se faire discrètes, même dans des situations délicates (la rencontre avec la famille de mon copain se serait bien passée de mes nombreux "Fuck", par exemple). Mais je tend à m'améliorer, un peu. 



Les photos ont toutes été prises à Los Angeles, California (par moi). 

Et  entre deux articles, vous pouvez me retrouver

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6 commentaires

  1. Parfois il y a des articles qui font du bien, vraiment du bien et qui soulage. Et bien le tient en fait partie. Je suis incapable de voyager pour le moment à cause de ça. Je me dis toujours "quand je serais meilleure en anglais, je partirais".. Et jai eu des occasions de partir, que je n'ai pas prise, je me suis défilée, j'avais trop peur, et je le regrette un peu aujourd'hui. Mais aujourd'hui j'avance, et lire ton article me donne la motivation je sens le déclic qui n'est plus si loin et qui me paraissait inaccessible.. Merci <3

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    1. Je suis sincèrement ravie que cet article t'ait parlé. Il était vraiment important pour moi que cet article aide certaines personnes à dissoudre cette peur. Du coup, si ça a pu te guider sur cette voie, ne serait ce qu'un peu, j'en suis vraiment heureuse.
      Fonce, profite. Tu ne sais pas de quoi est fait demain, mais si tu le construis, ce lendemain, il sera empli de bonheur.
      A très bientôt j'espère,
      Flavie.

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  2. Merci de t'être livrée sur tes premières sentiments une fois arrivée aux States. Ca fait plaisir à lire :)
    Je me souviens de mes voyages "linguistiques" durant mes années lycée. Ca n'est que dans ce genre de situations que l'on apprend ! Certainement pas en restant chez soi (quoi que maintenant avec les séries... mais pareil je regarde en VF). Bon depuis, ça fait 5 ans que je n'ai pas pratiqué... Mais j'avoue lorgner sur l’Angleterre... Je crois que j'en ai toujours eu envie !
    Sinon, tes photos sont superbes.
    Bises

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    1. Merci pour ton commentaire et le partage de ton expérience ! Fonce pour l'Angleterre, je suis sûre que tu ne le regretteras pas <3
      Et merci pour mes photos :)
      A bientôt,
      Flavie.

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  3. Yep, je confirme, c'est le genre d'articles qui fait du bien.
    Récemment j'ai passé une soirée entre amis avec un japonais qui ne comprenais que l'anglais. LEs échanges n'était pas nombreux, mais la compréhension était fluide et agréable.
    Pas plus tard qu'hier, dans un bar avec des amis, nous rencontrons un britannique qui enterre sa vie de garçon. Mes amis chahutent entre eux et un des britanniques s'avance vers moi avec un accent qui s'avère être plus US que UK (celui que je comprend le mieux bizarrement), j'ai bugué, je n'ai rien compris. Et aussi, au lieu de lui demander de répéter, j'ai lâcher un "what?" incertain et ai souri bêtement en alpaguant l'un de mes amis. Malaise.
    Mon plus gros frein ce n'est pas tant la langue, je bouffe pas mal de VO et je réfléchis même en anglais parfois. Mon souci, c'est la confrontation à la réalité, à la mise en situation sans roue de secours et surtout ma confiance en moi, en mes capacités. Dans le genre, je sais faire du vélo sans les petites roues, mais je n'ose pas les retirer car j'imagine le pire.

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    1. Tout d'abord merci beaucoup !
      Se lancer dans le bain demande toujours un petit temps d'adaptation, je pense. Le temps d'oser et de s'y habituer !
      Pratiquer facilite énormément le travail.
      Je pense que le fait qu'en France, l'on pointe beaucoup du doigt l'accent français n'aide vraiment pas à prendre confiance. Mais les étrangers le trouvent absolument adorable, notre accent typique, et n'ont qu'une envie, c'est de nous aider :)

      A très vite je l'espère,
      Flavie.

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Merci pour ce petit mot !

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