Balade #6 - Detroit, c'est pas ce que tu crois.

1/11/2016



Detroit, ville la plus importante du Michigan, est largement plus connue que sa capitale officielle : Lansing. 
L'histoire de Détroit n'est hélas pas bien différente de celle de nombreuses villes des Etats Unis...
Entre 1900 et 1930, l'industrie automobile a été à l'origine de son développement considérable.
En 1950, la population a commencé à baisser, ses habitants se déplaçant en banlieue et allant au travail en voiture. Une partie de la population d'origine a alors laissé la place à des noirs pauvres du Sud. Les tensions raciales ont mené, le 23 juillet 1967, à de violentes émeutes dans les quartiers est, qui restent les plus sanglantes de l'histoire des États-Unis. La réputation de la ville s'en est ressentie, la population blanche la quittant massivement. Au début des années 1970, les Afro-Américains ont constitué la majorité de la population.
En 2013, Détroit a été la première grande ville américaine à demander une mise en faillite, la ville ayant cumulé depuis des années une dette, devenue impayable. 
Aujourd'hui, Détroit essaie de conjurer ce déclin, montrant des signes de renaissance dans quelques quartiers tandis que les relations avec les milieux d'affaires sont peu à peu rétablies.
















Ça faisait maintenant approximativement dix années que je rêvais de découvrir Detroit. Dix ans que mon cœur passionné d'UrbEx (exploration urbaine) était excité par cette ville laissée à l'abandon. J'ai toujours clamé sur les toits que si l'on m'offrait un billet d'avion pour la destination de mon choix, je pointerai sans la moindre hésitation l'étrange Detroit. J'avais pour objectif d'y capturer la mort avec mon appareil, mon meilleur partenaire de crime. 
Ce qui m'a toujours attiré dans l'exploration de ce genre de lieux était principalement purement esthétique. Je trouvais ça curieusement beau. J'aimais aussi particulièrement l'ambiance qui s'en dégage. Ce genre de bulle dans laquelle tes pensées et tes émotions sont en suspend bien loin du temps et de l'espace qui règnent en maître sur notre redondante et angoissante planète. Un endroit paradoxalement à la fois si neutre et si intense. 
J'ai eu la chance de me faire offrir un voyage dans le Michigan pour les fêtes, ce qui annonçait évidemment que j'allais avoir la fabuleuse opportunité de réaliser mon Rêve #1. J'étais plus qu'excitée, une enfant avant Noël. J'allais pouvoir errer dans les rues désertes et décrépies de cet endroit, en dehors du temps. Le Paradis des amoureux de friches était à portée de main. 
Nous y avons passé une première après midi. J'étais aux anges. Entre deux maisons complètement normales, la décomposition. J'étais plus qu'excitée. Je cumulais les photos, ne faisant pas vraiment attention à la vie qui m'entourait, trop préoccupée par la fascinante et silencieuse mort environnante. Nous en avons profiter pour errer dans les rues désertes de Downtown, et jeter un oeil tendre au Canada, qui nous regardait depuis l'autre côté de la rivière.
















Nous y sommes ensuite retourné pour une autre après midi d'exploration. J'avais fait des recherches préalables, désirant réellement profiter de ce temps imparti pour découvrir une zone oubliée, efficacement emplie de surprises. J'avais alors trouvé un quartier dans Metro Detroit (la banlieue de Détroit), comportant une école, un voisinage, et d'autres bâtiments du genre. Le tout abandonné. Parfait. On prend la voiture, je suis impatiente. On se gare près d'une église où un certain nombre de personnes se réunissent à ce moment précis. Je ne tilte pas, focalisée sur le merveilleux immeuble décomposé juste à côté. Je regarde, inquiète et naïve mon copain, qui a justement vécu quelques temps à Metro Detroit, et lui demande si cette passion fait de moi un "rich asshole", il sourit tendrement et baragouine une sorte d’acquiescement. On marche quelques heures dans des décombres hors du temps. La plupart des bâtiments sont clôturés et impénétrables, dans un soucis de sécurité. Déambulant de bâtiments éteints en bâtiments éteints, on finit par tomber nez à nez avec un terre plein, près d'un voisinage, où  a été installé un emplacement pour un feu de camps, entouré de rondins de bois, afin que tout le monde y ait accès, et puisse partager un moment chaleureux et humain. Non loin, un curieux arbre interpelle mon attention. J'avance à pas de loups, un groupe de personnes marche non loin et je ne veux pas me montrer trop intrusive. Faisant face à ce grand arbre, on réalise que c'est un mémorial, dédié aux proches disparus, partagé par tous les membres de ce voisinage. Trop nombreuses sont les photos placardées à ce tronc. Deux petites poupées de tissus sont plantées dans la terre à son pied. On peut ressentir toute l'émotion qui règne autour de cette si robuste plante. Le silence, les habitations, et la vie. Surtout la vie. Je n'ai jamais vu un voisinage si soudé, si vivant. Et là, j'ai réalisé. 
Sur le chemin pour rejoindre la voiture, je regarde le paysage qui m'entoure avec un tout autre regard, comme si le voile qui brouillait ma vision était enfin levé. Je me sens éveillée, enfin.
Detroit est tellement loin de l'idée que j'en avais. Detroit, c'est avant tout la vie, cachée par l'imposante mort environnante. Detroit, c'est des gens qui luttent pour continuer à vivre dans cette ville qui les a vu grandir, dans laquelle ils ont tellement investi. C'est des gens qui voient leur voisinage s'enfuir, leur quartier mourir, mais qui restent en vie, et debout. Detroit, c'est l'humanité dans toute sa splendeur. 
J'aurais voulu prendre des photos de la vie éclatante qui me sautait alors aux yeux, mais je trouvais ce geste bien trop déplacé, intrusif et irrespectueux et ai réalisé qu'on devait être nombreux dans ce cas là, ce qui expliquait donc le cercle vicieux dont est victime Détroit. C'est ce pourquoi je suis ravie de vous parler de ce que j'ai vu, savouré, et aimé dans cette ville si touchante, bien que mes photos n'en aient mémorisé que la partie obscure.

Conclusion : Maintenant que j'ai eu ce sublime aperçu de Détroit, qui a complètement changé mon point de vue sur l'UrbEx en général, je suis encore plus impatiente d'y retourner (Juin n'est pas si loin). J'aime encore plus cette ville qui me faisait déjà tant rêvé avant.


Et vous, aimez vous l'Urbex ? Quelle est votre destination rêvée ? 
Dites moi tout.

You Might Also Like

1 commentaires

  1. Toujours sympathique de voir des gens passionné. C'est bien !

    RépondreSupprimer

Merci pour ce petit mot !

Like us on Facebook

Instagram